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octobre 7, 2025

Ces lesbiennes oubliées de l’histoire de France dont il faut faire revivre la mémoire

Par Mecano

L’histoire officielle ne retient souvent que les figures masculines, les grands généraux, les présidents, les penseurs estampillés. Quant aux femmes, elles doivent souvent se contenter d’une note de bas de page. Et si elles ont aimé d’autres femmes, alors elles disparaissent presque totalement de la mémoire collective. Pourtant, la France a vu naître et vivre des lesbiennes brillantes, influentes, rebelles, libres — que l’on a, sciemment ou non, effacées.

Voici un retour nécessaire sur celles qui ont aimé les femmes et qui ont marqué leur époque, en dépit de l’invisibilisation.


🎭 Loïe Fuller – La lumière, le mouvement… et l’oubli

Loïe Fuller n’est pas née française, mais elle est devenue une icône de la scène parisienne. Sa “danse serpentine”, révolution visuelle au cœur de l’Art Nouveau, a électrisé le Paris de la Belle Époque. Elle a dansé avec la lumière, habillé l’air, magnifié le mouvement.

Mais ce que l’histoire oublie de raconter, c’est son histoire d’amour avec Gabrielle Bloch, sa muse, sa compagne, sa partenaire de création. Leur couple fut effacé, réduit à une simple “collaboration artistique”. Même dans les relectures modernes, la tentation de l’hétérosexualisation persiste. Fuller reste pourtant un symbole puissant d’une liberté amoureuse autant qu’artistique.


🎨 Rosa Bonheur – Peindre et vivre hors des cadres

Peintre animalière géniale du XIXe siècle, Rosa Bonheur est célébrée pour ses tableaux gigantesques de chevaux et de bœufs. Première femme décorée de la Légion d’honneur, elle portait le pantalon, vivait à la campagne… et partagea sa vie pendant plus de quarante ans avec Nathalie Micas, puis avec l’artiste américaine Anna Klumpke.

Deux histoires d’amour. Deux femmes qu’elle a fait enterrer à ses côtés. Et pourtant, Rosa Bonheur est encore trop souvent présentée comme une “célibataire excentrique”.


✍️ Mireille Havet – La voix perdue de Montparnasse

Poétesse, romancière, figure de la vie nocturne parisienne, Mireille Havet était une étoile filante. Elle a aimé, sans jamais se cacher, des femmes, des marginales, des excentriques. Son journal intime, publié des décennies après sa mort, dévoile une lucidité et une douleur intimes, une quête de soi bouleversante. Elle y parle de ses amours, de ses doutes, de ses pulsions.

Mireille Havet, c’est un cri étouffé par le temps, un souffle qu’il faut réécouter. Elle avait tout pour devenir une Colette queer et flamboyante. Elle fut reléguée à l’oubli. À tort.

🎙️ Suzy Solidor – L’androgyne magnétique de Saint-Germain

Elle tenait l’un des cabarets les plus chics de Paris : La Vie Parisienne. Elle chantait d’une voix grave, traînante, avec un regard qui transperçait. Suzy Solidor, c’était la sensualité incarnée. Ouverte sur sa sexualité, elle se faisait peindre par les plus grands — Picasso, Tamara de Lempicka, Cocteau — et affirmait son style androgyne, provocant, libre. Elle aimait les femmes, sans jamais chercher à le cacher. C’était rare. C’était risqué. Elle l’a fait quand même.


📚 Elula Perrin – L’intello de la nuit lesbienne

Romancière, tenancière, Elula Perrin cofondait dans les années 70 le Katmandou, l’un des rares bars exclusivement lesbiens de Paris à l’époque. Elle écrivait des romans lesbiennes, vendus sous le manteau ou publiés à compte d’auteur. Pour beaucoup, elle fut un phare dans une époque encore plongée dans l’ombre. Son œuvre, son lieu, sa présence ont offert un refuge, un terrain de jeu et d’émancipation à toute une génération de femmes.


🎤 Yvonne George – L’amour au bord du gouffre

Icône du cabaret des années 20, muse de Cocteau, amante de Marguerite Moreno, Yvonne George incarnait la décadence sublime. Elle chantait les amours mortes, l’absinthe, les nuits sans retour. Sa voix était une plainte, son corps un cri silencieux. Elle brûla sa vie à grande vitesse, mais laissa dans le cœur des femmes qu’elle aima des traces indélébiles.


🚖 Maria-José Léao Dos Santos – “Joe le Taxi”, en vrai

Elle a inspiré la chanson culte de Vanessa Paradis. Mais peu savent que “Joe le Taxi” était en fait Maria-José, immigrée portugaise et l’une des premières chauffeuses de taxi lesbiennes à Paris. Elle conduisait la nuit, connaissait tous les coins gays et lesbiens, servait d’ange gardien à la communauté. Un personnage haut en couleur, ancré dans la mémoire queer parisienne, mais quasi absent des livres d’histoire.


👑 Liane de Pougy – Courtisane et princesse

Reine des salons et des scandales de la Belle Époque, Liane de Pougy fut l’amante de nombreuses femmes, dont Natalie Clifford Barney. Elle publia un roman sulfureux (Idylle Saphique), inspira Proust, et vécut mille vies. Courtisane assumée, convertie mystique en fin de parcours, elle est la preuve que la complexité des parcours de femmes lesbiennes mérite mieux qu’un oubli pudique.


🕊️ Andrée Jacob et Éveline Garnier – Résistantes invisibles

Dans les coulisses de la Résistance française, elles ont œuvré sans bruit. Compagnes à la ville comme dans la lutte, Andrée Jacob et Éveline Garnier ont aidé à sauver des dizaines de vies, notamment juives et homosexuelles. Elles étaient engagées, discrètes, courageuses. Ensemble, elles ont traversé les ténèbres. Leur couple fut rayé des mémoires officielles. On leur doit pourtant reconnaissance et mémoire.


🔥 Pourquoi ces noms doivent resurgir

Ce ne sont pas juste des anecdotes. Ce sont des trajectoires, des héritages, des possibles. En redonnant leurs visages, leurs histoires, leur complexité à ces femmes, on rend visibles toutes celles qui continuent, aujourd’hui encore, à vivre sous le poids du silence. Ces lesbiennes oubliées ont ouvert des chemins. C’est à nous, maintenant, de ne plus les laisser s’effacer.